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Justine Carrard, footballeuse d’élite et arbitre

A 19 ans, cette jeune fille déterminée cumule ses fonctions d'arbitre et de joueuse de LNA avec Yverdon Féminin. Les journées et les week-ends sont bien remplis, mais rien n'arrête celle qui va devoir faire un choix dans quelques années, mais préfère ne pas y penser pour l'instant. Rencontre.

Football féminin, Portraits - 19 septembre 2014

A 19 ans, cette jeune fille déterminée cumule ses fonctions d'arbitre et de joueuse de LNA avec Yverdon Féminin. Les journées et les week-ends sont bien remplis, mais rien n'arrête celle qui va devoir faire un choix dans quelques années, mais préfère ne pas y penser pour l'instant. Rencontre.

A 19 ans, Justine Carrard dégage déjà une belle assurance. Cette jeune fille est sûre d’elle et fixe elle-même le lieu et l’heure des rendez-vous. Ce sera en début d’après-midi, à Lausanne. « C’est plus pratique pour moi, je prends le M2 après pour continuer ma journée au CHUV », explique celle qui poursuit ses études dans le domaine de la santé. Directement après avoir posé son stylo, elle partira en direction d’Yverdon, sac de foot en main, pour s’entraîner avec l’équipe de LNA d’Yverdon Féminin, comme tous les jours, avant de rentrer à son domicile de Lonay.

Buteur la semaine dernière face au FC Bâle, elle se bat pour une place de titulaire au sein d’un effectif très riche. Mais si on a demandé à la rencontrer, ce n’est pas (encore?) pour ses talents de footballeuse, mais bien pour comprendre comment une fille de 19 ans peut combiner arbitrage, football d’élite et mener une vie normale à côté. « C’est chaud, je n’ai pas beaucoup de temps, c’est vrai. Mais la trêve hivernale est relativement longue pour les filles, cela me permet de recharger les batteries. » Pour l’instant, cette jeune fille énergique est à fond, sur le terrain comme dans la vie: déterminée.

 

Ses débuts dans l’arbitrage

Comme pour beaucoup de monde, je crois (rires). J’étais une joueuse très impulsive, toujours en train de contester les décisions de l’arbitre. Or, un jour, à 14 ans, j’ai décidé que j’avais envie de voir ce que c’était. J’ai arbitré des petits pour commencer, évidemment, puis j’ai gravi les échelons. Et je dois dire qu’à cet âge-là, le montant de 50 francs que l’on reçoit pour un match n’est pas anodin. Ce n’est pas ça qui m’a poussé à continuer, mais c’est appréciable. Encore maintenant, je suis aux études et je reçois environ 400 francs par mois pour les matches. C’est un montant bienvenu, c’est sûr. Mais j’apprécie le rôle de l’arbitre, la vision différente que cela amène. Aujourd’hui, j’ai moins envie de râler pendant les matches, parce que je sais ce que c’est. Je le dis souvent à mes coéquipières, avant ou après les matches, ou même pendant! Bien sûr que je sifflerais des fois autre chose que l’arbitre, mais je comprends la difficulté qu’il ou elle peut avoir.

 

Ses relations avec les joueurs et joueuses

En général, tout se passe bien. Mais c’est vrai qu’avec les ados, j’entends parfois des ricanements ou des petites phrases… Bon, rien de grave, mais je sais bien ce qu’ils peuvent se dire, puisque j’ai fait partie d’une équipe de gars jusqu’à la fin de mes juniors. Voilà. aujourd’hui l’arbitre c’est une fille, c’est comme ça. Après, je dois dire que je suis étonnée de parfois recevoir après les matches des demandes d’amitié sur Facebook. Je ne réponds pas et puis c’est tout, ça ne va pas plus loin. Mais bon, ça veut dire que le joueur est allé demander mon nom à son entraîneur, qui l’a regardé sur la convocation et qui l’a donné. J’ai de la peine à comprendre ça, mais tant que ça ne va pas plus loin. J’ai eu une seule fois à dire non à un adulte, un entraîneur, qui était allé trop loin. J’ai été sèche, il a arrêté.

 

Le respect de l’arbitre

Dans tous les articles que je lis, je vois que le plus dur à gérer dans les matches de juniors, ce sont les parents. Je peux vous dire, d’expérience, que c’est vrai. Les petits, eux, ils sont juste là pour s’amuser! J’ai un exemple concret, qui m’a marquée, c’était à Graines de Foot. Une balle est limite, sur la ligne de touche. Je décide de laisser jouer, estimant qu’elle n’était pas encore sortie. But sur l’action. Une dame est devenue hystérique, m’accusant d’avoir volé l’équipe de son fils, que je lui avais gâché sa journée. A la fin du match, je voyais son fils demander le score, il n’en avait aucune idée. C’est ce que j’ai répondu à la mère, en lui conseillant de prendre exemple…

 

Sa carrière de footballeuse

J’ai commencé à Lonay, chez moi. Mon père est un « footeux », ayant été président de Foot Région Morges pendant cinq ans, mais la passion n’est pas venue de là, ou alors inconsciemment. En fait, tout a commencé avec mon voisin. On jouait à divers jeux et le football s’est imposé assez vite (rires). J’ai fait tous mes juniors à Lonay, intégrant les équipes de garçons, jusqu’en B. Vu que je me débrouillais pas trop mal, j’ai été sélectionnée pour le Team Vaud et même pour l’équipe de Suisse. Mais je n’ai pas beaucoup joué avec la sélection. Je ne veux pas trop m’étendre là-dessus, mais disons que les choix effectués en M15 ou en M16 ne reflètent pas toujours la qualité des joueuses… Enfin bref, j’ai rejoint Yverdon Féminin en 2012 et j’ai intégré l’équipe de LNA, après être partie quelques mois en Angleterre.

 

Son séjour en Angleterre

J’y suis allée pour le football! J’avais envie d’apprendre l’anglais, c’est sûr, mais pas dans une école, alors j’ai écrit à plusieurs clubs anglais. Des e-mails, tout simplement. Certains m’ont répondu, d’autres non, et la proposition la plus intéressante est venue de Keynsham Town, vers Bristol. Il s’agit d’un club de Premier League, ce qui équivaut à la troisième division. Le président est un homme fortuné, qui m’a proposé de me payer les billets d’avion, de me loger et de me donner une toute petite rétribution. Vraiment pas grand-chose, mais ça m’était égal, je n’allais rien avoir à dépenser. Alors, j’ai dit oui, surtout que d’autres clubs voulaient me tester. Lui non, c’était directement bon. J’y suis allée six mois et je n’ai absolument rien regretté. J’ai progressé en anglais et dans mon jeu. Une superbe expérience.

 

S’imposer avec Yverdon Féminin, la prochaine étape

Je ne suis pas encore titulaire indiscutable avec Yverdon Féminin, mais j’espère bien que ça va venir! Mon poste préféré est celui de numéro 10 et je sais qu’il y a de la concurrence, mais je vais tout faire pour m’imposer. Il y a un bon groupe à Yverdon, un état d’esprit que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Bien sûr qu’on aimerait toutes pouvoir vivre du football, mais il faut être réalistes et être déjà contentes de ce que l’on a. A Yverdon, on a des ballons, un terrain, des équipements et la possibilité de jouer en LNA. C’est génial! Alors, bien sûr, quand on entend et qu’on sait que des équipes que l’on bat ont des joueuses semi-professionnelles, on est envieuses, mais c’est humain. Nous, on perd de l’argent pour jouer, avec les déplacements, et on fait des sacrifices. Je vous promets que passer son samedi dans un bus pour aller à Zurich, ce n’est pas toujours agréable, mais on arrive à rendre le voyage sympathique grâce à la bonne ambiance entre nous. Yverdon Féminin, grâce à tous les gens qui s’occupent de ce club, c’est quelque chose de fantastique. Quand vous voyez une personne comme Linda Vialatte, comment voulez-vous vous plaindre de quoi que ce soit?

 

Le choix inévitable à venir

Pour l’instant, je peux arbitrer les juniors A et, bien sûr, les matches amicaux en actifs. J’arbitre régulièrement Lonay, mon club. Je dis à Michel Despland que je suis disponible un jour par week-end, celui où on ne joue pas avec YF et la semaine, vu qu’on s’entraîne tous les jours, je ne peux pas arbitrer. A ce niveau-là, c’est bon. Mais si je veux aller plus haut, je vais devoir choisir entre les deux et là, sincèrement, je n’ai pas envie de me poser la question, donc vous m’embêtez un peu (rires). Je veux profiter du moment présent et faire les deux en parallèle, car il s’agit d’une belle période de ma vie. Mais je sais bien que je risque devoir abandonner ma carrière de joueuse un jour, si on décrète que j’ai des qualités dans l’arbitrage. Allez, on en reparle dans deux ans, tant que la situation ne bouge pas, je suis heureuse!

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