Toute l'actualité du football Vaudois

Veneta-bannière

«La phase de construction est terminée»

Alors qu'Yverdon Sport a pris la place de leader du groupe 1, Philippe Perret a accepté de longuement se confier. Et il mérite évidemment qu'on prenne le temps de l'écouter. Entretien exclusif et instructif.

1re ligue, Interviews - 4 novembre 2016

Alors qu'Yverdon Sport a pris la place de leader du groupe 1, Philippe Perret a accepté de longuement se confier. Et il mérite évidemment qu'on prenne le temps de l'écouter. Entretien exclusif et instructif.

C’est en leader qu’Yverdon Sport se déplace dimanche à la Pontaise pour y affronter Team Vaud M21 (14h). A deux journées de la fin du tour automnal, les Nord-Vaudois se sont enfin emparés du trône provisoire qui leur semble promis, après une démonstration, samedi dernier contre Guin (5-0, lire ici). Le timing était donc parfait pour aller discuter avec le très loquace entraîneur Philippe Perret.

Car, parmi les intervenants du sport, il y a la hantise des journalistes: les gens qui ne répondent pas ou que par: «Oui», «Non», «On peut dire ça comme ça» après chaque question un brin orientée ou encore «On prend match après match». A l’instar de Gary Sheehan au hockey ou de Manu Schmitt au basket, Philippe Perret appartient quant à lui, à la catégorie inverse, celle des bons clients. Le genre de gars que l’on se réjouit inlassablement d’interviewer car ils ont le sens de la formule, de l’éloquence et une passion aussi communicative qu’intacte, année après année, entretien après entretien. Avec eux, le temps passe vite, très vite et ce n’est qu’à l’heure de la synthèse que la tâche du plumitif se complique.

 

Philippe, le projet pour lequel le président Mario Di Pietrantonio vous a mandaté semble bel et bien prendre forme et les prémices de votre labeur sont désormais tangibles.

Ah vous, les journalistes, vous êtes toujours pressés. Vous voulez systématiquement faire le bilan avant que les choses soient terminées. Il reste encore deux matches à jouer avant de pouvoir poser un premier bilan…

On va dès lors parler d’un point de la situation, si vous êtes d’accord. Depuis votre arrivée, à la mi-saison l’an dernier (il avait débarqué avec son adjoint Robert Lüthi après une seule journée disputée dans le deuxième tour, au printemps 2016), l’eau a coulé sous les ponts et les résultats actuels nous poussent à dire que votre projet prend forme, que la phase de construction brute est terminée. D’accord avec ça?

Oui, on a un président dynamique qui cherche à bâtir quelque chose de solide et qui nous a donné les moyens d’y parvenir. Pour notre part (ndlr: il associe son adjoint Robert Lüthi), il nous a fallu un temps d’adaptation, de découverte avant de pouvoir donner notre pleine mesure. Dans un club, il se passe toujours des choses qu’un nouvel arrivant ignore. Maintenant, on est au point. Le vice-président et moi-même avons eu les coudées franches pour monter un groupe compétitif. Notre principale tâche a été de convaincre les joueurs du bienfondé de notre projet. Et petit à petit, à mesure que nous convainquions des individualités, d’autres ont été attirées par ce qui se mettait en place.

On connaît l’ambition du président qui supportera difficilement qu’YS dispute une nouvelle saison en 1re ligue lors du prochain exercice. Et comme Mario Di Pietrantonio possède les moyens de ses ambitions, admettez que ce n’est pas non plus trop compliqué de faire venir quelqu’un à Yverdon. Financièrement et sportivement, c’est plutôt intéressant, non?

Oui, mais cela ne veut pas dire qu’Yverdon est un club qui se jette comme un fauve sur sa proie en saisissant la moindre opportunité sur le marché. Tous les joueurs qui sont dans le vestiaire, c’est nous qui les avons voulus et s’ils sont là, c’est parce qu’ils avaient quelque chose à apporter au groupe. C’est vrai que les moyens mis à notre disposition nous ont permis de construire un effectif concurrentiel et que je suis désormais au volant d’un bolide qu’il s’agira d’amener à bon port, en juin prochain. Et on le sait, rien n’est jamais acquis, surtout en 1re ligue où terminer premier de la saison régulière ne t’assure pas de monter en Promotion League. Les quatre échecs de Baden sur ces cinq dernières années sont là pour le rappeler. En finales, tous les bolides disposent de la même puissance et la promotion se joue sur des détails et sur l’état d’esprit. Et puis, les finales, c’est encore loin. Même si on a l’équipe pour y décrocher notre place, rien n’est acquis.

Justement, avant les finales, il reste deux matches à disputer en 2016 et un tour complet au printemps 2017. Revenons sur ce qui s’est passé depuis l’intersaison jusqu’à ce jour, si vous le voulez bien.

Depuis la fin du championnat précédent, on a gentiment mis l’équipe en place. Puis elle s’est progressivement approprié une identité. Enfin, elle a commencé à aligner les bons résultats. La construction est terminée et on peut maintenant travailler dans la tranquillité. Le groupe est resté humble mais il est conscient de ses capacités. Je dirais que depuis quelques semaines, l’équipe s’est retroussé les manches. Elle a mis le bleu de travail et elle a démontré qu’elle était prête à se battre.

Quel a été votre rôle de coach?

De faire passer le message. Comme joueur, je ne renonçais jamais, j’étais une sale gueule sur le terrain et je crois que j’ai su communiquer cette hargne à mon vestiaire. Peut-être que certains gars qui venaient de plus haut s’attendaient à plus de facilité. Mais quand tu redescends d’un ou deux échelons, tu dois apprendre de nouvelles choses. Il y a des repères à prendre. Tu dois d’adapter à certains trucs, comme par exemple à l’arbitrage.

Au fil des arrivées, l’identité dont vous parlez a, sans surprise, évolué. Alors que vous ne souhaitiez plus que l’engagement d’un attaquant, vous avez finalement encore accueilli le défenseur Adriano De Pierro, les ailiers Arthur Deschenaux et Alexandre Khelifi et le centre-avant Matt Moussilou… Votre effectif est devenu pléthorique. Comment gérez-vous cette abondance de biens?

Il faut effectivement un peu jongler dans la gestion des personnes, car pratiquement tous les postes sont doublés. Mais comme l’ambiance dans le groupe est très saine, cela reste facile à gérer. Quant à ces arrivées, elles ne sont pas tombées de nulle part. Babacar Dia s’est blessé et on a pu faire venir De Pierro pour palier cette défection qu’on imaginait de plus longue durée. Il y a eu le cas Thibaut De Coulon. Il a eu une opportunité professionnelle dans la région genevoise et devra faire une croix sur le foot jusqu’en février prochain. Dès lors, il fallait le remplacer. Et la situation de Deschenaux, qu’on avait déjà essayé de faire venir durant l’été mais qui avait préféré rester à Fribourg, avait parallèlement évolué, alors ça s’est fait naturellement. C’était d’autant plus intéressant qu’Aurélien Chappuis et De Coulon présentaient un peu le même profil tandis que Deschenaux apporte autre chose. Concernant Moussilou, après le 0-3 concédé à la maison contre Stade Lausanne-Ouchy, il a été décidé de prendre un renfort offensif.

Et Moussilou est arrivé. C’était vraiment votre choix ou c’était plutôt le fruit d’un coup de sang du président?

On était déjà en contact avec depuis un mois. Lorsque le président m’a dit, « si tu le veux, on le prend », ben on l’a pris même si on savait qu’il était à cours de forme. C’est un luxe de pouvoir fonctionner ainsi. Honnêtement, j’ai eu mon mot à dire sur tous les joueurs. Khelifi enfin, c’était une opportunité de fin de mercato. Il voulait jouer et au Mont, on a été très clairs avec lui: il aurait très peu de temps de jeu. Dès lors, les bonnes relations qu’entretiennent Serge Duperret et Mario Di Pietrantonio ont permis son arrivée.

On en revient à la densité démographique de votre vestiaire. A quelques encablures du mercato hivernal, il devrait y avoir des départs non?

J’ai déjà eu des discussions avec un ou deux joueurs qui ne sont logiquement pas satisfaits de leur temps de jeu. Si l’un ou l’autre veut partir, on ne va pas absolument le retenir et il faudra alors peut-être le remplacer car avec les blessures, les suspensions, c’est bien d’avoir du monde à disposition. Mais – et bien que je comprenne qu’un joueur veuille jouer un maximum – je ne suis pas partisan de ces mouvements hivernaux. Je suis très vieille école. Je fonctionne comme c’était la norme lorsque j’étais joueur à Xamax. Pour moi, le contingent se bâtit en été et on fait la saison avec. C’est une aventure d’une année. Alors sauf besoin spécifique, on ne va pas non plus aller chercher quelqu’un. Par ailleurs, des gars n’ont pas atteint leur maximum actuellement. Je pense à Quentin Rushenguziminega par exemple, qui a souvent été handicapé par des petites blessures. Il y aura aussi le retour d’Allan Eleouet. On est dans l’inconnue le concernant. De quoi sera-t-il capable et quand?

Il y a, bien évidemment, aussi des avantages à cette pléthore de talents dans votre vestiaire, non?

C’est effectivement très agréable, lorsque vous êtes entraîneur, d’avoir la conviction que l’homme que vous allez faire entrer va rendre votre équipe encore meilleure et non l’inverse. C’est magique pour un coach.

Les nombreuses options dont vous disposez vous permettent également de ne pas figer votre formation dans un système…

Avec De Coulon, Gudit et Chappuis, on avait trois très bons joueurs au milieu et j’aménageais un peu l’équipe autour au début… Maintenant qu’on a récupéré Dia, il m’est arrivé de profiter de faire jouer mes trois centraux (ndlr: avec Esteban Rossé et Adriano De Pierro) et de partir avec une défense à trois. Je sais que je n’ai pas de vrai numéro 10, alors je compose sans… Et il m’est arrivé de changer de tactique en cours de match. Oui mes nombreuses options sont appréciables car elles me donnent plein de possibilités et j’essaie toujours, selon les joueurs à disposition, de mettre sur pied le système idoine.

On a relaté, tout au long de l’interview, la formidable force de frappe mise à votre disposition. On a l’impression que le projet a évolué. A votre arrivée, le comité parlait beaucoup «régionalisme», il semble qu’on ait glissé vers du supra-régionalisme non?

Ecoutez, Yverdon devrait évoluer un voire deux crans plus haut dans la hiérarchie helvétique. Ici, tout le monde est d’accord avec ça et c’est un idéal que l’on aimerait atteindre. Dès lors il faut s’en donner les moyens. Lorsque Xamax a gravi les échelons, il l’a fait dès la 2e ligue inter, avec une ossature neuchâteloise composée de joueurs qui provenaient de Challenge League. Cette ossature yverdonnoise n’existe pas. Il faut dès lors élargir notre zone de recrutement aux autres régions vaudoises, à Neuchâtel et à Fribourg.

Ca nous paraît évidemment cohérent. Toutefois, on entend régulièrement des murmures parmi les gens qui gravitent autour du club, par rapport au manque de perspectives pour les jeunes de la région. Que répondez-vous à cela? 

Regardez l’exemple de Guin contre qui on a joué samedi dernier. Là-bas, la politique est de faire jouer les jeunes du club. Il y en avait trois ou quatre contre nous, sur le terrain. Mais cette équipe se bat contre la relégation. On souffre du fait que notre deuxième équipe ne soit qu’en 3e ligue. Mais si un jeune de notre mouvement juniors ou d’un club avoisinant a le talent nécessaire, je serai très heureux de l’intégrer dans notre vestiaire. Un joueur comme Maxime Schertenleib a déjà disposé d’un joli temps de jeu et d’autres gars, comme par exemple Néhémie Lusuena, font partie intégrante de notre équipe. Ils sont en phase d’apprentissage et rien ne s’oppose à ce qu’ils aient plus de responsabilité à moyen terme.

Une interview réalisée par Marc Fragnière

Veneta-bannière

À lire également