Du 2 au 27 juillet prochain, la Suisse accueillera l’Euro féminin. L’occasion d’offrir de la visibilité au football féminin, avec l’ambition d’augmenter le nombre de joueuses en Suisse. Dans les faits, cela se réalise par la création de nouvelles équipes dans les championnats, notamment chez les juniores. Cette saison, une de celles-ci est apparue à la Vallée de Joux, avec la création d’une FF-15. Rencontre avec Marie Pier Ferland, entraineuse des jeunes Combières.
Marie Pier, est-ce que tu peux te présenter et nous parler de ton parcours footballistique ?
Je m’appelle Marie Pier, je vais avoir 40 ans cette année, et je suis québécoise de Montréal. J’ai joué au foot depuis mes 8 ans dans de bons clubs au Canada, c’était une passion depuis toujours. Je suis arrivée à la Vallée de Joux à l’âge de 15 ans et là, pas de féminines ! Au Canada, les garçons jouent au hockey, et les filles au foot, j’étais très surprise de ne pas retrouver cela ici. Je m’entrainais avec les garçons à la Vallée de Joux, mais je ne pouvais pas disputer les matchs. Puis on a monté une équipe féminine à la Vallée (ndlr : première apparition en matchs officiels lors de la saison 2005-2006). Il y avait beaucoup de débutantes, c’était la cata ! Mais on avait du plaisir à jouer au foot. Puis j’ai arrêté quand je suis tombée enceinte à 25 ans.

Tu es aujourd’hui à la tête d’une équipe de juniores, alors qu’entre-temps l’équipe féminine active du FCVJ a été retirée en 2017, faute de joueuses. Est-ce que tu peux nous expliquer la genèse de ces FF-15 ?
J’ai toujours voulu faire entraineuse. C’est ma fille, âgée de 13 ans, qui voulait jouer au foot. J’ai alors proposé à Anthony (ndlr : Anthony Magnin, président du FCVJ) de lancer une féminine, et il m’a donné carte blanche pour monter une équipe. On s’est battus avec mon mari (ndlr : joueur des vétérans du FCVJ) pour savoir qui coacherait ! C’était logique que ça devait être moi : ce sont des filles, c’est à une femme de coacher. On a mis des petites annonces et fait de la pub. Premier entrainement : 20 filles ! Tu imagines la pression ? Maintenant l’effectif est de 15 joueuses ultra-motivées, mais qui n’avaient jamais fait de foot auparavant. Il a fallu revoir toutes les bases : les passes, le shoot, même courir avec un ballon. Et je crois qu’on ne s’en est pas sorties trop mal, on finit le premier tour sixièmes sur douze équipes. Leur progression est impressionnante !
Au-delà de l’emballement du président, quelles ont été les réactions au club ?
Globalement du soutien, les autres équipes sont présentes et viennent voir nos matchs, on a des maillots spécifiques pour les féminines et même un logo rien qu’à nous, bien qu’il ne soit pas sur nos maillots. Mais il y a quelques soucis, notamment celui des infrastructures, qui est inhérent au club : le manque de terrains d’entrainement (ndlr : deux terrains herbe dont un sans éclairage). On souffre aussi d’un manque de visibilité, par exemple sur le site du club il n’y a pas d’onglet dédié à notre équipe.

Quels sont les objectifs à court et à long terme pour cette équipe ?
Avoir assez de joueuses et qu’elles soient meilleures que moi. Pour cela je m’investis dans la formation d’entraineuse C-Basic que je passe en mars. Ce n’est pas simple de coacher de jeunes adolescentes : il faut leur enseigner la technique mais aussi être présentes pour elles. On a fini le premier tour sixièmes avec comme objectif de s’amuser. Maintenant, il faut mettre en place un esprit de compétitivité : s’amuser c’est bien, mais gagner c’est mieux, et je n’aime pas perdre. Elles sont dans l’âge de commencer la compétition et je pense que c’est une composante nécessaire pour continuer de progresser.
Il reste le problème des effectifs. Est-ce que le club met des choses en place pour y pallier, comme des contacts avec les clubs voisins ?
Dans l’idéal, j’aimerais qu’il y ait une équipe dans chaque catégorie. C’est exactement pour cette raison qu’il faut recruter, surtout avec les changements de la saison prochaine : il n’y aura plus de FF-15, mais des FF-12, FF-14, FF-17 et actives. On espère marcher sur l’Euro féminin de cet été pour avoir de nouvelles joueuses, et on est en contact avec le projet Honeyball de l’ACVF (ndlr : projet visant au développement du foot féminin dans le canton). Au niveau régional, il y a eu tout récemment des contacts avec les présidents du FC Vallon du Nozon et du FC Vallorbe-Ballaigues, qui ont tous les deux une équipe féminine active, pour voir s’il y aurait la possibilité de faire des équipes juniores en commun et de trouver un compromis pour les trajets. Au début des entrainements, j’avais quelques filles plus âgées qui n’ont malheureusement pas voulu faire les trajets et décidé d’arrêter plutôt que de faire une demi-heure de voiture pour aller s’entrainer, ce qui est lourd pour les parents.
Est-ce que tu as un dernier mot à ajouter, avant que tes joueuses n’arrivent pour s’entrainer ?
J’aimerais que mes filles continuent de progresser : qu’elles ne s’arrêtent pas à la Vallée, mais qu’elles aillent dans de grands clubs. Je veux leur montrer qu’elles peuvent y arriver même en commençant tard.
Rédacteur : Massimo Carbone