Lorsqu’on parle de jeunes entraîneurs qui montent dans le canton de Vaud, le nom de David Lugeon arrive immédiatement dans la conversation, même si lui se défend de toute ambition déplacée. L’homme est posé, et pas vraiment du genre à effectuer de grandes déclarations. Son credo? L’humilité et le travail dans l’ombre. Arrivé au FC Gingins à l’été 2013, il a été adopté par tous. Rencontre, en sept points.

La promotion dès cette saison, un objectif pour le FC Gingins?

Non. Je ne peux pas être plus clair. On veut grandir petit à petit ici, sans pression, et sans vouloir brûler les étapes. Nous sommes bien classés, c’est vrai, mais j’ai un petit regret quant à ce premier tour. On commence avec 12 points en 5 matches, et on finit avec 4 points en 5 matches. Pas besoin de vous faire un dessin, on a un peu galvaudé notre bon début de saison. Le bilan peut donc se résumer ainsi: positif, mais peut mieux faire. Largement. Après, si on continue à bien travailler cette année, et la prochaine, alors peut-être qu’on peut arriver à quelque chose. Mais j’estime que ce n’est pas une équipe qui monte, mais un club. D’autres raisonnent autrement, mais moi, j’estime que si une équipe veut avoir de l’ambition, il faut que tout le club suive. La I entraîne la II et la III dans son sillage. C’est comme ça que je vois les choses, et c’est comme ça que Gingins voit les choses. Un club, c’est un tout.

Justement, le FC Gingins, un club à part dans le paysage vaudois?

C’est toujours délicat de répondre à cette question… Il y a une envie forte ici d’être un club formateur, qui porte haut les couleurs de son village. L’idée, c’est de jouer avec les jeunes d’ici, sur des installations de qualité. Bien sûr qu’on pourrait avoir de plus beaux terrains, de plus belles installations, mais on se contente largement de ce que l’on a. Gingins est une commune riche, qui aime le football, mais qui n’en fait pas une priorité. A nous de créer une identité ici, même si ce n’est pas uniquement le rôle de l’entraîneur. A ce titre, j’aimerais souligner le rôle prépondérant joué par notre président, Olivier Goncerut. Dans d’autres clubs, le président est moins influent que chez nous, mais lui sait donner les impulsions sans trop se mettre en avant. C’est le président parfait. Tout le monde le dit dans chaque club, mais chez nous, c’est vrai. Il y a une bonne dynamique dans ce club, c’est aussi pour cela que j’ai accepté de venir ici. Ce n’est pas le club le plus connu ou le plus médiatique, mais c’est un vrai club, avec un esprit familial.

L’arrivée de Django Tabouret, une chance pour Gingins?

On est très contents de l’avoir, c’est sûr. Qui n’aimerait pas un joueur comme lui, avec sa mentalité et ses qualités techniques? Mais son arrivée, si elle nous réjouit, ne change rien à notre philosophie. Il va encadrer nos jeunes et les faire progresser, mais sa venue ne s’inscrit pas dans une logique de montée à tout prix. De nouveau, si on peut aller disputer les finales, on ira. Mais on ne va pas tout sacrifier pour ça, et son arrivée ne veut surtout pas dire qu’on s’est donnés les moyens d’aller plus haut. S’il est là, c’est parce qu’on lui a trouvé un travail.

Intégrer des juniors, une réalité pour un club ambitieux de 3e ligue?

Mais complètement! Si on n’y arrive pas, à quoi ça sert de former des joueurs? De nouveau, avoir Django avec nous, c’est génial. Mais ce pour quoi on travaille tous les jours, c’est qu’un jeune arrive à la I, et y mette des buts. Bien sûr qu’il y a de la concurrence, des clubs autour, mais je me plais à dire que les gens se sentent bien à Gingins. Vous connaissez la fameuse phrase avec les Ch’tis? Vous pleurez une fois en arrivant, et une fois en partant. A Gingins, c’est un peu ça… On est les Ch’tis de la Côte! Il y a peu de gens qui veulent partir d’ici, une fois qu’ils sont venus.

Quel genre d’entraîneur est David Lugeon?

Posez la question à d’autres (rires)! Je crois aux vertus du beau jeu, au football au sol. Pour ce qui est de la gestion d’un groupe, j’aime communiquer, bien connaître mes joueurs. J’aime parler avec l’entraîneur de la II, Fredrik Gabrielsson, et avec mon coach, Sergio Lopes. On est tous dans la même vision, et, pour répondre à votre question, je crois pouvoir dire que je suis un entraîneur qui est ouvert au dialogue. La discipline, elle vient par le respect, pas par l’autoritarisme.

Ses ambitions personnelles l’amèneront-elles à entraîner plus haut?

Qui sait? Je n’y pense pas, et je dois dire que je n’ai pas la même ambition que plus jeune. Peut-être que je me suis imaginé un autre destin, à un moment, mais ce n’est plus le cas. J’ai entraîné la II du Stade Nyonnais et déjà là, je me suis dit que ma place était à ce niveau. J’ai fini par partir, car je n’étais plus en accord avec la philosophie du club. On ne va pas entrer dans les détails, mais enfin, vous avez vu ce que tout le monde a vu concernant l’orientation prise par cette équipe. On en revient à ce que je disais avant: pour moi, une II et une I doivent marcher main dans la main, et c’est ce que l’on est en train de mettre en place à Gingins. Et pour moi, ça vaut tous les challenges. Alors, aller plus haut, pourquoi pas, mais je n’en fais largement pas une priorité. J’entends bien faire un bout de chemin ici.

Sa passion pour les échecs lui sert-elle dans sa fonction d’entraîneur?

Etre président d’un club d’échecs et entraîner une équipe amène quelques parallèles, c’est vrai. Dans les deux cas, on doit gérer un groupe. Ce que beaucoup de monde ignore, c’est que les échecs sont un sport collectif. Lors d’un match, les parties se jouent en simultané. Si votre camarade est en train de gagner, il vous faut peut-être assurer le match nul. Et si le vent tourne à la table d’à côté, vous devez vous montrer plus offensif! La première équipe de notre club, le Cercle d’Echecs de Nyon, joue en LNA, mais moi, je joue dans les séries inférieures. Et attention, les échecs, c’est un sport! Il y a bien sûr d’autres parallèles avec le football: la tactique, le sang-froid, le mental… J’aime beaucoup ce sport, qui m’amène un équilibre avec le football.