Durant cet arrêt forcé, tous les acteurs du football des talus sont en pause, même les arbitres. Footvaud en a profité pour rencontrer l’un des grands noms de l’arbitrage vaudois : Yvan Cornu. Il revient en notre compagnie sur l’arbitrage actuel, mais pas seulement. Découverte.

Yvan, comment allez-vous ?

Avec cette pandémie, ce n’est pas facile, mais je vais bien. Le football me manque évidemment, c’est ma passion. Je m’entraîne moins, du coup je me sens moins en forme. Il faudra faire un effort pour être prêt (rires).

Pour nos lecteurs pourriez-vous revenir sur votre carrière ?

J’ai débuté chez les juniors comme tout arbitre, après je suis passé par le football amateur pour terminer en LNA, j’avais 30 ans. Ensuite, j’ai été engagé par l’UEFA en tant que responsable de l’arbitrage. J’étais en charge des arbitres pour les compétitions (NDLR : Par exemple, l’EURO 2008 coorganisé par la Suisse et l’Autriche). Je m’occupais de l’administratif et de l’organisationnel, mais également de la formation et des désignations.

En 2014, vous arrêtez et vous devenez secrétaire de commissons parlementaires au Grand Conseil et…. Vous reprenez l’arbitrage!

Oui, c’est exact, j’ai recommencé avec les seniors et des matchs de ligues inférieures, jusqu’en 3e ligue.

Boucanières contre Grand Conseil

Arbitre tout-terrain, Yvan Cornu avait officié en 2018 (en haut à gauche) lors d’une rencontre entre l’équipe de Ligue Romande des Boucanières et une sélection du Grand Conseil (le résumé du match est à retrouver en bas de l’article).

Pourquoi ?

L’amour du foot ! J’aime contrôler la rencontre. Je suis au service de ce magnifique sport. J’ai le sentiment du travail accompli si la partie s’est bien passée. C’est aussi une manière de se maintenir physiquement.

Avec votre carrière en LNA, dans les petites ligues, ou encore au sein de l’UEFA, pouvez-vous apporter votre expertise quant à l’arbitrage dans le football des talus ?

La première chose que j’ai remarquée depuis mes débuts, c’est la plus grande différence entre l’arbitrage des pros et des amateurs. Avec les nouveaux moyens technologiques, ce n’est plus du tout le même foot. Avec la révolution de la vidéo, le fossé se creuse. Il n’y a plus grand-chose à voir entre le quatuor en Super League qui est assisté à distance et moi qui me retrouve tout seul sur le terrain.

Les attentes des joueurs seraient-elles trop grandes dans le foot des talus ?

Oui, je pense. Cela peut amener de la frustration. Quand tu es tout seul et que tu te trouves à 15m de la ligne du but et qu’il est difficile de juger si le ballon a franchi la ligne, tu as une fraction de seconde pour prendre une décision rapide. Alors que dans le monde professionnel, il y a la goal-line technology et la VAR.

« Il est important de pouvoir compter sur les entraîneurs comme relais »

Concrètement comment pourrait-on améliorer l’arbitrage dans le foot des talus ?

(Il réfléchit) Tout d’abord, il est nécessaire d’être le mieux préparé possible. Si on est prêt physiquement, plus on sera proche de l’action, mieux on la verra, mieux on la jugera. Il faut aussi avoir une très bonne connaissance des règles, ainsi il y aura moins de contestation.
Il est également important de pouvoir compter sur les entraîneurs, ce sont nos premiers relais. Ensuite, les joueurs doivent accepter la décision des arbitres, ils doivent être fair-play.

Comment imaginez-vous l’avenir de l’arbitrage dans le foot des talus ?

Il y a beaucoup de personnes qui parlent de mettre des arbitres-assistants pour toutes les rencontres. C’est une solution intéressante. Mais, est-ce possible ? Peut-on trouver et former un nombre suffisant d’arbitres assistants de bon niveau ? Il faut être réaliste, arbitrer tout seul est finalement moins compliqué que mal accompagné.

« Plus difficile ? Je n’ai pas ressenti ça »

En 30 ans, est-ce que les mentalités ont changé ? Est-ce qu’il est plus difficile d’arbitrer dans les ligues inférieures et chez les juniors ?

On m’avait averti avant que je reprenne que c’était devenu plus difficile, que ça conteste beaucoup plus, mais je n’ai pas ressenti ça. Tous les matchs ne sont pas faciles, mais de manière générale, le comportement est correct. Si ça c’était dégradé, j’aurais été fou de recommencer !

En 30 ans, avez-vous remarqué une évolution dans le jeu ?

Oui, ça s’est considérablement amélioré. C’est du bon niveau. Auparavant, des joueurs mettaient plus leur physique en avant, maintenant je trouve que la technique a pris le dessus. C’est plaisant pour nous – arbitres -, cela nous permet d’anticiper les actions, appliquer la règle de l’avantage. Nous pouvons dès lors passer au second plan du match. Nous sommes au service du foot et si nous n’entendons pas parler de nous, c’est que nous avons fait une bonne partie.

Passionné de foot, Yvan Cornu se rémémore d’une rencontre des finales de 3e ligue en 2017 qui opposait Ependes à Azzurri Lausanne.

Est-ce que la relation avec l’ACVF a également évolué ?

Elle a toujours été bonne. Dorénavant, avec une application comme Club Corner tout est plus facile. Je trouve dommage que les cours d’arbitrage que nous suivons annuellement soient basés sur le monde professionnel. Il serait plus judicieux d’investir des moyens afin de filmer des matchs de 3e ligue, ça ressemblerait plus à notre quotidien. Ça serait un meilleur exemple avec plus de proximité.

On voit que votre passion est toujours intacte et certainement que les joueurs du foot des talus se réjouissent de vous retrouver. D’ailleurs, est-ce que vous voudriez partager un excellent souvenir de ces dernières années ?

Oui, je me rappelle d’une rencontre qui comptait pour les finales pour accéder à la 3e ligue. C’était en juin 2017 (NDLR : le 13 juin) Ependes qui jouait à domicile contre Azzurri Lausanne. Même si Ependes avait perdu, il y avait une grosse ambiance, c’était très plaisant de retrouver cette atmosphère. Dès lors, j’ai repris en 3e ligue avec toujours la même passion!


(Quand Yvan Cornu arbitrait une rencontre insolite)

Leave a comment

*

code